À Grigny municipalité communiste de l'Essonne, « il y a une aussi une vraie solidarité » pour faire vivre le droit aux vacances (17/08/2026)
A Grigny, des vacances juste au bout de la rue
Cinq familles ont passé le week-end sous une tente au milieu de la verdure du parc Saint-Lazare, en périphérie du quartier de la Grande-Borne. Dépaysement garanti.
« D'habitude, on fait deux heures d'avion. Mais là, on a pris le car devant la maison de quartier Marie-Curie et cinq minutes après, nous étions arrivés », s'enthousiasme Hajer, 12 ans. Pourtant, avant de faire sa valise, la jeune fille émettait quelques doutes sur ces vacances au bout de la rue. « Je ne savais pas trop si j'allais aimer... Quand on dort sous la tente, il y a forcément des araignées et des moustiques ». Après une nuit de rodage, tout est oublié. « On s'habitue. D'ailleurs, si on pouvait, je serais bien restée ce dimanche soir ! »
Les tours de Grigny ne sont pas si loin et pourtant, rien ici ne rappelle la ville, son brouhaha et le béton qui la caractérise. « J'ai l'impression d'être loin de chez moi, pourtant je sais que l'on est juste à côté », note Hajer. Son père rebondit pointant du doigt : « Regardez ces animaux là-bas. On ne voit ça qu'à la campagne. » A un jet de pierre de leur domicile de la place du Quinconce, en périphérie du quartier de la Grande-Borne, les enfants découvrent les richesses de la nature. « C'était super, on a nourri les poules, les cochons, les chèvres... Il y a même un lama », énumère Hajer. Autre découverte, l'adolescente avait pour mission d'aller ramasser les oeufs. « Ceux-là, ils sont frais. Ce n'est pas comme ceux du magasin où on ne sait pas d'où ils viennent. »
Après deux nuits passées sous la tente, et l'expérience de la vie en communauté avec les autres familles, les enfants n'attendent plus qu'une chose : recommencer au plus vite. « J'ai demandé à mes parents d'acheter une tente », lance Hajer en jetant un regard plein d'espoir à sa mère. « Pourquoi pas, répond la maman. Si, toi et ton frère, vous avez de bons résultats à l'école, on pourrait l'envisager. »
Dans cette ville de l’Essonne où 44 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, partir l’été reste difficile, voire impossible, pour beaucoup. Mais entre centres de loisirs, sorties et piscine gratuite, la ville dirigée par le PCF et ses habitants se mobilisent pour permettre aux plus jeunes de profiter pleinement de l’été.
À la Maison des enfants et de la nature, ce matin-là, le plus difficile est presque de savoir où regarder tant il y a de choses à faire. Dans une salle, des enfants jouent ; dans une autre, on dessine, on fait de la musique ou du théâtre. Plus loin, quelques-uns enfilent des gants pour une initiation à la boxe. Dehors, Grigny suffoque sous près de 40 °C. À l’intérieur, heureusement, il fait frais. Une soixantaine d’enfants de 6 à 12 ans en profiteront.
« J’adore passer mes journées ici, il y a plein de jeux, plein d’activités », lance une petite fille. Sa voisine acquiesce : « On fait aussi des sorties, et ça, c’est vraiment trop bien. Au musée par exemple. » Quelques jours auparavant, ils étaient au musée Carnavalet.
Pendant les vacances, les enfants arrivent le matin et repartent en fin d’après-midi, après le déjeuner, les activités et le goûter. « Souvent, leurs parents travaillent la journée, donc ils passent la journée ici », explique Mohamed Mahieddine, directeur général adjoint chargé de la proximité, de la solidarité et de la vie sociale. Des points de rendez-vous sont organisés dans Grigny, puis des cars conduisent les enfants jusqu’au centre.
Dans cette commune de l’Essonne, le taux de pauvreté avoisine 44 %, selon l’Insee, plaçant Grigny parmi les villes les plus pauvres de France métropolitaine. Ici comme ailleurs, les vacances ne suspendent pas les inégalités : certains partent plusieurs semaines, d’autres quelques jours, d’autres pas du tout.
Une municipalité au côté de ses habitants
« Le droit aux vacances a été durement acquis, par la lutte. Mais au-delà de l’obtention de ce droit, il faut pouvoir en profiter », résume Lamine Camara, premier adjoint au maire. À Grigny, la municipalité communiste multiplie donc les possibilités pendant l’été : centres de loisirs, sorties, séjours, activités sportives ou culturelles, avec des tarifs adaptés aux revenus.
Au centre social Marie-Curie, Alexandre Matouk, responsable jeunesse, résume l’objectif : « Que l’argent ne soit pas un frein aux vacances. » Une journée au Parc Astérix revient ainsi à 10 euros, transport compris. D’autres sorties sont organisées à la mer, notamment à Dieppe ou Honfleur.
Et cet été, avec la chaleur, une installation attire particulièrement. La piscine municipale étant fermée jusqu’en 2028 pour travaux, la ville a installé une piscine éphémère gratuite à la Halle sportive des Chaulais. « C’est vraiment l’attraction de l’été », sourit Lamine Camara. Depuis son ouverture, plus de 4 200 personnes y sont déjà venues, soit environ 250 chaque jour.
À l’entrée, Assan, capitaine du club de rugby de Grigny et animateur pendant les vacances, voit les familles défiler. « Hier, on a eu un pic à 400 entrées. Avec cette chaleur, les gens sont contents de pouvoir se baigner, se rafraîchir. » À quelques mètres, Frida regarde sa fille et son neveu profiter du bassin. « Même si on ne peut pas partir en vacances, grâce à la piscine et aux activités que propose la ville, il y a comme un petit air de vacances. »
« On essaye de casser ces inégalités »
Mais à Grigny, l’été ne repose pas seulement sur ce que la mairie organise. La ville a recruté et rémunéré 250 jeunes pour renforcer ses services pendant la période estivale. D’autres s’engagent bénévolement dans les associations ou les clubs.
C’est le cas de Guillaume, 18 ans. Avec plusieurs membres d’Universelle Grigny Boxe, il est venu initier les plus petits à son sport. « On a cet amour de la transmission », explique-t-il. Pour lui, l’engagement dépasse la boxe : « On est très conscients qu’on est tous inégaux par rapport aux vacances. On essaye, à notre échelle, de casser ces inégalités. »
Christophe Beltralcio pourrait presque raconter la même histoire. Coordinateur jeunesse au centre Marie-Curie, il a grandi à Grigny et y vit toujours. « Moi, j’ai bénéficié de cet engagement de la mairie plus jeune. Maintenant, je m’engage également dans ce sens-là. L’objectif, c’est aussi de rendre ce qu’on m’a donné. » Mohamed Mahieddine résume : « Pour que ça marche, il faut que tout le monde s’entraide. Il y a une vraie solidarité à Grigny. C’est ça qui est beau ici. »
Pour Lamine Camara, cette mobilisation relève aussi du rôle de la commune : « On veut que les jeunes Grignois et Grignoises puissent passer de bonnes vacances. C’est tout simplement le rôle du service public. » Et de conclure : « Le service public, c’est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. »
19:33 | Tags : grigny | Lien permanent | Commentaires (0)

