Un site de Safran bloqué à l'aube à Corbeil, en Essonne : en plein génocide à Gaza, « la France poursuit les livraisons de matériel militaire à Israël » (27/10/2026)

Une vingtaine de soutiens au mouvement Stop Arming Israel France ont bloqué, mardi 27 octobre, un site du fabricant d’armes Safran situé en Essonne. Un moyen de rappeler la complicité du gouvernement et des entreprises françaises dans le génocide commis dans le bande de Gaza.

Aussitôt sa camionnette garée en urgence, Christophe (le prénom a été modifié) traverse la route et rejoint les « bons » qui bloquent l’entrée des bureaux de l’entreprise d’armement française Safran, situés dans une zone commerciale des Ulis (Essonne). Polaire orange siglé la Poste, Christophe a décidé de mettre en pause ses livraisons, mardi 27 octobre au matin, à la vue de drapeaux palestiniens et keffiehs.

« Plus jamais ils ne recevront de colis de ma part, lâche-t-il, en attrapant un prospectus qui détaille les technologies que Safran vend à Israël, dans le cadre du génocide perpétré à Gaza. C’est une folie. En plus, ma sœur travaille à Safran. »

À peine une heure plus tôt, ce sont cinq lycéennes qui ont rejoint, le temps de quelques minutes, les militants dont le blocus se déroulait sur leur chemin vers l’école. « On va être en retard », lance l’une d’entre elles pour rire. « Merci beaucoup ! », se sont exclamés les participants à leur départ.

S’attaquer aux industriels français complices du génocide

Le soutien au peuple palestinien, victime d’un nettoyage ethnique, s’est retrouvé au centre des préoccupations des lycéens et étudiants mobilisés depuis plusieurs semaines. Membre fondateur de Stop Arming Israel France, fin 2023, Loïc y voit une prise de conscience salutaire : « Macron décide, malgré trois ans de génocide et des alertes, de poursuivre les livraisons de matériel militaire à Israël. C’est le même Macron qui autorise l’usage d’armes de guerre contre des élèves anxieux à cause de Parcoursup et des conditions d’études déplorables. »

Le blocage a été lancé par le groupe Stop Arming Israel France dans le cadre d’un mois de lutte intensive lancé en concertation avec l’AFPS, de BDS et d’Urgence Palestine. Près de soixante organisations ont signé l’appel à s’attaquer aux industriels français complices du génocide, via des blocages, des manifestations et du tractage.

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Safran est accusé d’avoir exporté, via ses filiales Safran Aerosystems et Safran Electronics & Defense, des technologies à destination d’avions et hélicoptères israélien, mais aussi des outils utilisés dans le suivi et la surveillance de Palestiniens, rapporte un rapport d’Urgence Palestine et Palestine Youth Movement publié en avril dernier.

Safran a aussi conclu accord pour obtenir la fabrication en Belgique de composants pour les moteurs de l’avion de chasse F-35, modèle états-unien utilisé par Tel-Aviv pour bombarder la Palestine et le Liban. Safran est enfin accusé d’avoir contourné l’embargo en vigueur contre la Russie ou la Birmanie, comme l’a révélé l’Humanité.

Bloquer les portails avec des chaînes en fer

Une vingtaine de participants issus de la Jeunesse communiste, du syndicat Solidaires ou indépendants ont répondu à l’appel de Stop Arming Israel France. Le point de rendez-vous a été donné dans un parking environnant, aux aurores. Après une présentation succincte – anonymat oblige -, chaque membre a rejoint son équipe.

Pour le premier bâtiment, deux membres sont chargés de bloquer les portails avec des chaînes en fer, deux autres de gaffer les portiques et gaffeurs et deux derniers de protéger leurs camarades des caméras avec des parapluies. Pendant ce temps, le reste des participants est chargé de bloquer l’entrée du second bâtiment avec des palettes en bois et des poubelles.

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Le plan d’action, inscrit sur une feuille, a été déchiré puis brûlé. Les groupes se sont immédiatement mis en route. Une fois le blocus lancé, la période de dialogue avec les employés de Safran bloqués s’est ouverte. « Je ne comprends pas bien pourquoi ils sont là, questionne un salarié membre du service client. Je ne suis pas contre la paix et je n’ai aucune position sur le conflit israélo-palestinien. »

Un second salarié critique « l’extrême gauche qu’on vomit, à mettre en prison », avant de poursuivre sa route. Un dernier a presque écrasé un participant avec sa voiture, avant de jeter à terre le keffieh qui cachait le capteur de badges et d’attraper la caméra d’un journaliste du média Blast présent. « Ça va mal se terminer », a-t-il menacé avant de repartir.

Malgré cette défiance, les membres de Stop Arming Israel ne désespèrent pas. « Sur des sites de production ou de recherche, on peut distribuer 400 tracts pour 800 employés », rappelle Loïc. « Je me suis justement posé des questions », s’est par exemple réjouie une employée, qui a demandé aux participants s’ils comptaient relancer un blocage le lendemain.

Le groupe du jour n’en aura pas l’occasion. Après une heure et demie de blocage, les participants ont vu un commissaire, une dizaine de policiers équipés de casques et gaz lacrymogène et des membres des renseignements territoriaux en civil débouler avec une consigne : « Vous avez cinq minutes pour dégager. » Un rappel qu’il « ne faut pas accepter leur autoritarisme », lance un participant. Comment l’oublier.

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