Île-de-France Keolis récupère des lignes de bus RATP, le naufrage de la privatisation (10/09/2026)
Depuis le 1er août, Keolis a pris la suite de la RATP pour la gestion de 21 lignes de bus, dans un ensemble de 28 lignes desservant le sud de Paris et le Val-de-Marne ainsi que le tramway T9. En seulement un mois, le transfert tourne au désastre. Les salariés de plusieurs centres de bus préparent une grève les 10 et 11 septembre.
Le groupe avait remporté l’appel d’offres sur ce « lot » de lignes (le réseau de bus historique avait été dégradé en 13 lots). Il récupère l’exploitation des lignes, le matériel et les conducteurs, transférés de leur statut d’agents de la RATP à celui de salariés en contrat privé.
Les conséquences en quelques semaines sont déjà visibles. Ce sont les salariés qui alertent : des bus sortent des dépôts d’Ivry-sur-Seine et Vitry-sur-Seine avec des défauts apparents, des problèmes de freinage, de pneus ; il manque des dizaines de conducteurs et cela entraîne des suppressions de bus pour les usagers. Pourquoi ?
Les perturbations dues au changement d’opérateur sont multiples :
- Suppression des plannings préexistants de la RATP, bouleversant l’organisation du travail ;
- Suppression du Plan d’action canicule de la RATP, le 1er août, laissant un vide en pleine canicule ;
- Dysfonctionnements multiples sur les logiciels du nouvel opérateur, dont l’absence de fonctionnalités qui nuit au bon signalement des besoins de maintenance ;
- Problèmes de coordination entre les différents opérateurs du réseau, en particulier sur les périmètres d’intervention sécurité ;
- Désorganisation de la maintenance, avec de nouveaux prestataires externes.
Au-delà de l’impact sur la qualité du service pour les usagers, il y a une très forte dégradation de la qualité de vie au travail. Les syndicats dénoncent une explosion des arrêts maladie (89 signalés), une vingtaine de démissions, deux mises à pied, un recours à l’intérim massif (plus d’une centaine de salariés), l’absence de dialogue social et de respect des usages et accords précédents. Par exemple, la part de la mutuelle prise en charge par l’employeur a brutalement baissé jusqu’au minimum légal, sans concertation.
La direction refuse de dialoguer avec les salariés (les mandats syndicaux ayant pris fin au 1er août), et ce jusqu’aux élections professionnelles prévues en novembre. D’ici là, elle compte aller le plus loin possible pour casser les résistances et maximiser les profits futurs, alors même qu’elle était obligée de respecter les usages et accords passés pendant les 15 premiers mois. Si les salariés et les usagers s’en mêlent, elle pourrait en revanche être contrainte à négocier.
Après de nombreux secteurs, la privatisation du réseau de transports francilien montre ce qu’elle est : une arnaque grossière. Le libre marché, la concurrence non faussée, la « société ouverte » prétendaient apporter paix et prospérité, baisse des tarifs et émulation pour la qualité des services. C’est l’inverse qui se produit à chaque privatisation : pillage du patrimoine public, découpe et liquidation des outils, course aux profits au détriment des salariés, du développement et de la qualité du service. Une catastrophe sociale qui a un coût financier : 5 milliards d’euros consacrés aux transferts d’opérateur et aux réorganisations en Île-de-France.
19:16 | Tags : keolis, ratp, ile de france | Lien permanent | Commentaires (0)